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Les cercles (Rings), un film de trop ?

Une autre reprise hollywoodienne de la série japonaise culte Ringu

Par Luc Archambault

Lorsqu’il a écrit Ringu, en 1991, peut-on penser que Kôji Suzuki imagina le phénomène culte dont il venait de jeter l’ébauche sur papier ? Au Japon, son roman fut adapté à l’écran en 1995, avec une suite en 1998, et adapté au petit écran par la suite. Puis, en 1998, une version sud-coréenne et une autre, américaine celle-là, en 2002, réalisée par Gore Verbinski, celui-là même qui est à la tête du film A Cure for Wellness (Cure de bien-être). Hollywood n’est pas resté en plan, avec une suite, The Ring Two, en 2005, et finalement cet ultime (espérons-le) Rings, sous la direction de F. Javier Gutiérrez, qui est surtout connu pour son Before the Fall (Tres dias, titre original en espagnol), en 2008.

L’histoire se présente comme la suite directe de The Ring de 2002 et fait totalement abstraction des événements qui se sont produits dans The Ring Two. On reprend donc la mythologie se centrant sur la cassette maudite de Samara Morgan et des effets totalement maléfiques d’un visionnement de ces images : la mort, sept jours après le visionnement. Le déploiement du scénario s’articule autour du couple Julia/Holt, du professeur de ce dernier, Gabriel, et d’un prêtre défroqué, Burke.

Tout ce déroule de façon plus ou moins classique, avec les artéfacts d’usage, les chiens qui sautent dans l’écran télé et des impacts musicaux soudains et imprévus, tout pour faire frémir les âmes sensibles. La logique de l’histoire tient le coup en dépit de ces failles mais en révéler la teneur serait manquer de respect aux amateurs de films d’horreur qui n’ont pas encore vu les versions nippones ou coréennes.

Quant aux producteurs derrière ce projet, leur rejet de la première suite proposée en 2005 ne laisse guère de doute que leur motivation était l’appât du gain. D’ailleurs, si les recettes sont au rendez-vous, la finale de ce film laisse entrevoir une nouvelle suite. Espérons que, si celle-ci se concrétise, elle saura innover et trouver un nouveau filon d’inspiration car celui-ci ne brille pas par son ingéniosité.

Rings - F. Javier Gutiérrez - WestmountMag.ca

Le plus grand reproche que l’on puisse faire à ce film est le gaspillage éhonté des talents présents. Mathilda Lutz, en Julia, est fort crédible, tout comme Laex Roe en Holt. Johnny Galeckie, en Gabriel Brown, quant à lui, n’est pas très crédible. Faut-il croire que son stage à l’émission de télé The Big Bang Theory ne lui donne pas les moyens financiers nécessaires pour refuser les rôles dans des productions douteuses, à moins que ce ne soit qu’une question de mauvais goût. Et que dire de Vincent D’Onofrio, ce grand acteur dont la longue filmographie compte, entre autres, Full Metal Jacket (1987), JFK (1991), Strange Days (1995), The Cell (2000), Jurassic World (2015), et The Magnificent Seven (2016), et Law & Order: Criminal Intent (2001-2011) à la télévision. Comment expliquer sa présence dans ce ratage en règle ? Surtout que son personnage ne fait aucunement partie des suites (à moins bien sûr qu’il ne se transforme en spectre tonitruant).

Bref, Rings souffre de tout le marasme qui agite Hollywood actuellement et du manque d’imagination, d’initiative et d’inspiration à franchir les limites. Dommage, parce que cette série pourrait sans doute renouveler le genre du film d’épouvante. Mais à défaut de hauts dirigeants à l’esprit ouvert, cette industrie va poursuivre sa descente aux enfers, ne produisant que des films bas-de-gamme de la sorte. Heureusement que des exceptions existent, parce que sinon, l’imaginaire occidental en serait bien fragilisé.

Images: Paramount/Viacom


Luc Archambault WestmountMag.ca

Luc Archambault
Écrivain et journaliste, globe-trotter invétéré, passionné de cinéma, de musique, de littérature et de danse contemporaine, il revient s’installer dans la métropole pour y poursuivre sa quête de sens au niveau artistique.


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