Comment faire du badinage
un outil de travail utile
L’art subtil de la conversation est une clé du succès pour le networking
Par Angela Civitella
Précédemment publié dans WestmountMag.ca
Les conversations légères entre collègues de bureau jouent un rôle bien plus important qu’on ne pourrait le croire au premier abord. Loin d’être simplement triviales, elles constituent un élément essentiel dans la construction des relations professionnelles et la création d’une ambiance de travail positive.
Ces échanges informels servent souvent de prélude à des discussions plus sérieuses, permettant de briser la glace et d’établir un climat de confiance. Ils offrent une transition en douceur vers des sujets plus substantiels, facilitant ainsi la communication et la collaboration au sein de l’équipe.
Cependant, la perception de ces conversations varie selon les individus. Pour certains, elles sont aussi naturelles et anodines que de commenter la météo dans l’ascenseur un lundi matin. Ces personnes les considèrent comme une partie intégrante et agréable de leur routine quotidienne au bureau.
‘Loin d’être inconséquent ou superficiel, le badinage est aussi un outil sous-estimé en termes d’aptitude à la communication.’
À l’inverse, d’autres peuvent se sentir mal à l’aise face à ces échanges, les trouvant artificiels ou difficiles à engager. Cette appréhension peut provenir d’une introversion naturelle, d’un manque de pratique ou simplement d’une préférence pour des discussions plus directes et professionnelles.
Quelle que soit votre attitude envers ces conversations frivoles, il est indéniable qu’elles jouent un rôle dans la dynamique sociale du lieu de travail. Elles contribuent à créer des liens, à détendre l’atmosphère et à favoriser un environnement de travail plus humain et convivial. Ainsi, même si elles peuvent parfois sembler superficielles, ces interactions ont leur place et leur importance dans le quotidien professionnel.
Cependant, les mots pour bavarder viennent facilement à certaines personnes qui ne semblent jamais à court de choses à dire et qui peuvent entamer une conversation dans presque toutes les situations. Pour d’autres, cependant, faire la causette en parlant de banalités est déconcertant : même s’ils se trouvent en compagnie de gens avec qui ils désirent converser, ils n’arrivent pas à trouver les mots justes qui refusent tout simplement de sortir de leur bouche.
‘Quelle que soit votre attitude envers ces conversations frivoles, il est indéniable qu’elles jouent un rôle dans la dynamique sociale du lieu de travail.’
Si vous avez de la difficulté à apprivoiser cet outil nécessaire qu’est la conversation banale, ne vous inquiétez pas – c’est une compétence qui s’apprend. Dans cet article, nous explorerons comment vous y prendre, et comment cela peut vous bénéficiez au travail et dans votre vie sociale. Nous examinerons également comment ne pas s’engager dans une conversation lorsque nécessaire.
Quel est le concept derrière le badinage ?
L’anthropologue Bronisław Malinowski a été le premier à étudier cette pratique. En 1923, il l’a décrit comme « l’expression de préférences ou d’aversions sans but précis, de comptes-rendus d’événements sans importance, [et] de commentaires sur ce qui est tout à fait évident ». En d’autres termes, s’exprimer pour se montrer accessible et ouvert aux autres, plutôt que de communiquer des informations factuelles et pertinentes.
Ce peut être souvent le cas, mais loin d’être inconséquent ou superficiel, le badinage est aussi un outil sous-estimé en termes d’aptitude à la communication. Il est extrêmement important dans beaucoup de contextes commerciaux, et il peut être un ingrédient essentiel dans la mise sur pied d’un réseau et dans votre vie quotidienne.
Pourquoi la conversation frivole est-elle si Importante ?
L’importance de cette activité dans le milieu du travail réside dans les liens qu’elle peut créer plutôt que dans les mots mêmes qui sont exprimés. Le fait de tout simplement bavarder avec vos collègues et clients peut vous aider à établir de bonnes relations et effectuer des connexions positives qui peuvent à terme vous apporter plus de clients. Et cela peut aussi vous aider à développer et à renforcer vos liens sociaux.
‘L’importance de cette activité dans le milieu du travail réside dans les liens qu’elle peut créer plutôt que dans les mots mêmes qui sont exprimés.’
Faire bonne impression à priori peut donner de l’impact lors de réunions d’affaires qui s’amorcent sous un ton impersonnel. Savoir comment parler de banalités peut vous aider à atteindre cet objectif en établissant une complicité et une confiance de la part des gens avec qui vous engagez la conversation.
Cela peut même aller au-delà du fait de simplement faire une bonne première impression : une petite conversation amicale avec un client potentiel peut par exemple conduire à des discussions plus sérieuses et à la conclusion d’ententes d’affaires importantes.
Comment faire la conversation
S’engager dans une conversatione peut être quelque chose que vous redoutez profondément ou quelque chose qui vous est parfaitement naturel. Quoi qu’il en soit, c’est une compétence que vous pouvez apprendre et perfectionner. Il y a trois étapes pour développer votre capacité à tenir une conversation : être prêt à le faire, commencer à le faire et le refaire souvent !
Préparez-vous à l’avance
Faites des recherches sur des sujets d’actualité qui peuvent être discutés à votre prochaine activité de réseautage ou réunion du conseil. Cette recherche vous permettra d’accumuler des anecdotes et points de discussion qui vous feront sentir automatiquement plus confiant et moins intimidé pour entamer une conversation menant à une discussion plus importante. Voici quelques points à considérer :
- Évitez de mettre de la pression sur vous-même en essayant de penser positivement. Vous cherchez seulement à donner une bonne première impression et à créer une connexion avec quelqu’un, pas à conclure une vente instantanément.
. - Commencez petit à petit en pratiquan vos salutations occasionnelles, en offrant des compliments et en souriant chaque fois que vous en avez la chance. Exercez-vous lentement à prendre l’habitude de poser une question ou deux.
Tenez-vous informé car rien n’épuisera plus votre confiance que de n’avoir rien à dire au cours d’une conversation. Alors essayez de rester à jour avec des sujets que les gens peuvent soulever. Cela peut inclure des reportages, des manifestations locales, des nouvelles de sport et sur différentes industries.
‘Faites des recherches sur des sujets d’actualité qui peuvent être discutés à votre prochaine activité de réseautage ou réunion du conseil.’
- Préparer une introduction. À la question la plus fréquemment posée : « Alors, que faites-vous ? », répondez avec une réponse brève mais dynamique qui invite plus de questions. Par exemple, dite, « j’entraine des recrues pour augmenter leurs ratio de ventes et les aider à trouver leurs points forts, » plutôt que simplement dire, « je suis dans la vente. » Ceci incite les gens à vouloir en savoir plus, vous permettant d’entreprendre une conversation fructueuse.
. - Préparer quelques questions d’ouvertures marquantes. Voici quelques questions que vous pouvez demander afin de démarrer la conversation :
« Qu’aimez-vous de votre travail / de cet endroit / de cet événement / de cette ville ? »
« Quelle est la chose la plus importante dont vous avez entendu parler ici aujourd’hui ? »
« Comment s’est déroulée votre dernière session ? »
« Qu’elle est la chose la plus positive qui vous soit arrivée aujourd’hui ? »
« Où avez-vous entendu une présentation aussi intéressante que celle-ci ? »
Vous pouvez répéter vos phrases d’ouverture ou vos points de conversation avant que vous arriviez à un événement. Et vous pouvez trouver des points à soulever lors de l’événement même. Par exemple, on peut entendre parler de quelque chose pendant une séance qui serait un bon sujet de discussion avec vos collègues plus tard.
Engagez la conversation
Une fois que vous vous sentirez prêt à franchir le pas, il vous suffira de commencer à parler et engager la conversation. Vous pouvez initier une conversation ou en joindre une qui est déjà en cours.
Alors, comment vous lancer ? Tout d’abord, prenez conscience des possibilités – observez les chances de vous connecter à d’autres personnes. Par exemple, si vous entendez quelqu’un mentionner qu’il conduit le même modèle de voiture que vous, ou qu’il aime la même équipe de hockey, utilisez ça comme un moyen de d’amorcer une conversation.
Si vous vous sentez anxieux ou nerveux, utilisez des techniques de relaxation telles que la respiration et le centrage pour réduire le stress. Si vous êtes détendu, vous paraitrez plus naturel et en confiance.
‘… observez les chances de vous connecter à d’autres personnes.’
À mesure que votre confiance et vos compétences se développeront, votre pouvoir de démarrer des conversations augmentera. Vous pourrez alors guider et soutenir la discussion plutôt que de simplement y participer. Coach de la voix, la docteure Carol Fleming suggère la méthode A-R-E* en trois étapes pour atteindre ce point, A-R-E signifiant ancrer, révéler et encourager :
- Ancrer : faire une brève observation sur une expérience commune avec une autre personne comme point de départ de votre conversation. Cela peut être quelque chose aussi décontracté que « Quelle belle journée », ou, « la nourriture ici est incroyable. »
. - Révéler : essayez d’établir une connexion avec quelqu’un. Par exemple, en lui disant : « le temps qu’il faisait ici l’an dernier était terrible, » ou, « j’ai mangé à plusieurs excellents restaurants mais cet endroit arrive en tête, » afin de révéler quelque chose sur vous-même et de donner une chance à l’autre de répondre.
. - Encourager : Posez une question pour engager votre interlocuteur, telle que « Étiez-vous à la conférence de l’an dernier ? » ou, « Comment évaluez-vous la conférence de cette année ? »
Votre langage corporel peut influer sur le succès de vos interventions. Adoptez une bonne posture et utilisez des gestes qui montrent que vous êtes amical, ouvert et heureux de participer à des conversations.
Enfin, ne passez pas trop de temps avec une seule personne ou un même groupe pour ne pas trop accaparer de leur temps (ou du vôtre) dans leurs conversations. Garder les échanges brefs puis finissez votre conversation poliment ou excusez-vous du groupe de discussion.
‘Adoptez une bonne posture et utilisez des gestes qui montrent que vous êtes amical, ouvert et heureux de participer à des conversations.’
Lorsque vous concluez une conversation, faîtes-le de façon à ce que personne ne se sente lésé où ignoré, en laissant ouverte la possibilité d’une reprise de la conversation. Attendre une accalmie dans la conversation pour revenir au sujet de départ est une façon respectueuse et courtoise de mettre un terme à l’échange de mots. Par exemple, si vous avez commencé en disant « Où avez-vous entendu une présentation aussi intéressante que celle-ci ? » vous pourriez conclure avec, « la conférence débute bientôt, espérons qu’elle sera intéressante ». Ensuite, utilisez une phrase échapatoire positive comme « je dois aller trouver ma place. C’était vraiment génial de vous parler. J’espère que nous pourrons discuter à nouveau bientôt. » avant de prendre votre congé avec le sourire et peut-être même une poignée de main.
Faites-le encore et encore
Le plus souvent vous vous engagerez dans cet exercice, plus cela deviendra naturel. Saisissez toutes les occasions de parler avec vos collègues, vos amis, les membres de votre famille et même de parfaits inconnus afin de vous aider à renforcer vos compétences.
Comment éviter les écueils du bavardage
En général il s’agit de sujets « légers » de conversation, et ces conversations peuvent être assez courtes. Mais il y a encore certains sujets et les comportements qui pourraient vous entrainer vers des discussions de plus haut niveau. Par exemple, ne parlez pas uniquement de vous-même même si vous êtes un sujet fascinant. Ne monopolisez pas la conversation mais démontrez plutôt un intérêt réel pour les gens qui vous parlent et laissez les faire partie de la conversation.
Vous devez éviter les sujets controversés ou provocateurs. Gardez le ton de la conversation sympathique et léger. Il pourrait être sage d’éviter les sujets tels que la religion et la politique, dans le cas où vous offenseriez quelqu’un involontairement.
Si vous travaillez dans un pays qui vous est nouveau ou mal connu, renseignez-vous sur l’idée que les gens se font du bavardage et soyez conscient des différences sur le plan culturel. Par exemple, le bavardage est une partie importante de la culture d’entreprise aux États-Unis et les britanniques sont notoires pour la qualité de leur bavardage, mais les allemands préfèrent généralement arriver au but rapidement. Dans des sociétés hautement hiérarchisées, comme le Japon et l’Inde, entreprendre des conversations frivoles est souvent jugé inapproprié.
Si vous travaillez dans un pays qui vous est nouveau ou mal connu, renseignez-vous sur l’idée que les gens se font du bavardage et soyez conscient des différences sur le plan culturel.
Alors, évaluez bien votre auditoire afin de bien déterminer s’il convient d’entreprendre une conversation. Détendez-vous, respirez lentement et présentez-vous de façon à laisser le souvenir indéniable d’une personne à connaitre.
* Extrait de It’s the Way You Say It: Becoming Articulate, Well-spoken, and Clear (C’est la façon dont vous le dites : articulé, clairement dit) par le Dr Carol Fleming. © 2010.
Image: Executives International via StockPholio.net
Autres articles par Angela Civitella
Autre articles récents
Angela Civitella, coach certifiée en gestion en gestion des affaires, crée des synergies solides et durables avec ceux et celles qui cherchent à améliorer leurs compétences en leadership et en consolidation d’équipe. linkedin.com/in/angelacivitella/ • intinde.com • @intinde
There are no comments
Ajouter le vôtre