Critique de Sacred Cow
(versus Cowspiracy)
Manquant de preuves, le documentaire étaye son argumentation sur des faits anecdotiques
Par Tony Moffat
Récemment, j’ai pris connaissance d’un nouvel agrofilm intitulé Sacred Cow de la cinéaste américaine Diana Rogers. Peut-être l’avez-vous vu vous aussi ? Si ce n’est pas le cas, voici où vous pouvez le trouver : sacredcow.info/watch
Le film Sacred Cow est basé sur un livre du même titre avec le co-auteur Robb Wolf. Ce site web tente de vous attirer avec cette déclaration : “N’abandonnez pas la viande avant d’avoir appris… la VRAIE vérité… derrière la viande, votre santé et l’environnement. » Pour dire vrai, j’ai été plutôt séduit par les arguments d’autres agrofilms qui disent que nous devrions tous abandonner la consommation de viande et nous engager plutôt dans des régimes alimentaires complets à base de plantes pour le bien de notre propre santé, pour celui des animaux et pour la planète – arguments auxquels j’adhère toujours. Voici donc mes commentaires sur le film Sacred Cow.
Après avoir visionné Sacred Cow, ma femme Ann et moi avons pensé que c’était une excellente idée de faire comme nos ancêtres l’ont toujours fait : ramener les animaux de ferme dans les champs où ils peuvent manger des tonnes d’herbe, fertiliser naturellement le sol et nourrir beaucoup de gens avec divers nutriments concentrés, par opposition à l’élevage industriel d’animaux qui ne fait pas ou peu de choses de ce genre. Le message du film était également que les végétaliens et même les végétariens ne peuvent pas obtenir tous les éléments nutritifs nécessaires à partir d’une diète basée uniquement sur les plantes.
… nous devrions abandonner la consommation de viande et nous engager plutôt dans des régimes alimentaires complets à base de plantes pour le bien de notre propre santé, pour les animaux et pour la planète.
Mais à la fin du film, nous pensions vraiment avoir été dupés. À contre courant d’autres films documentaires tels Forks Over Knives (2011) ou Cowspiracy – The Sustainability Secret (2014), qui plaident fortement en faveur d’un régime alimentaire complet à base de plantes, Sacred Cow a peu de preuves systématiques à offrir et choisit des faits anecdotiques pour étayer son argumentation.
Prenez celle de la jeune femme qui, convaincue que le fait de se retrouver sans enfant est une conséquence de son véganisme, a fini par accuser le manque de viande et de produits laitiers dans son régime alimentaire durant l’adolescence. Mais comme chacun sait, de telles histoires sont sans fondement si elles ne sont pas étayées par des preuves quantitatives : Quelle est la proportion de femmes sans enfants qui ne sont PAS végétaliennes ou végétariennes ? Ce sont des questions comme celle-ci qui nécessitent une réponse urgente avant que l’on puisse faire des affirmations dans un sens ou dans l’autre.
En effet, c’est l’approche beaucoup plus rigoureuse de Forks Over Knives ou de Cowspiracy – The Sustainability Secret, avec des preuves quantitatives, qui nous a convaincus de devenir végétariens à 70 ans. Nous avons remarqué la différence au bout d’un mois à peine : nous nous sentions plus légers et en bonne santé… tout simplement plus sains. (Dois-je m’attarder sur la constipation due à la viande dont j’ai souffert en grandissant ? L’homme n’a pas un estomac adapté à la viande : nos intestins sont beaucoup trop longs, mieux adaptés à la digestion des végétaux).
Le film Forks Over Knives s’inspire d’un livre rigoureux publié en 2005 et rédigé par le chercheur médical américain T. Colin Campbell de l’université Cornell, intitulé The China Study. L’idée maîtresse du livre, avec beaucoup de chiffres et de graphiques à l’appui, était que les habitants des différentes provinces de Chine – où la variation génétique ne pose pas de problème puisque les habitants proviennent essentiellement tous d’une souche d’ADN très similaire – mouraient systématiquement de maladies particulières, en fonction des animaux qu’ils consommaient, ce qui était l’élément qui variait le plus d’une province à l’autre. Cette étude, initiée par Chou En-lai, lui-même atteint d’un cancer du pancréas et désireux d’améliorer le sort de ses compatriotes chinois, a fait des analyses statistiques basées sur des millions de cas et a donc maintenu un haut degré de rigueur statistique.
‘En effet, c’est l’approche beaucoup plus rigoureuse de Forks Over Knives ou de Cowspiracy – The Sustainability Secret, avec des preuves quantitatives, qui nous a convaincus de devenir végétariens à 70 ans.’
Cowspiracy, produit en Californie par Kip Andersen et Keegan Kuhn en 2014, a apporté de nombreuses preuves concrètes que l’élevage industriel était néfaste, mais aussi que le pâturage pour la production de viande, bien qu’il soit bien meilleur à certains points de vue, ne fonctionnerait pas non plus pour l’humanité puisqu’il faudrait disposer de la plus grande partie de la masse terrestre pour rendre un tel pâturage viable.
Forks Over Knives et Cowspiracy soutiennent tous deux de manière convaincante que la seule solution viable pour l’homme, l’espèce clairement dominante de la planète, est de se tourner vers des régimes alimentaires à base de plantes. Cela ne veut pas dire que nous ne devrions pas avoir d’animaux de pâturage, mais nous n’en avons pas besoin d’autant. Et pourquoi les abattre pour notre propre consommation avant qu’ils ne puissent vivre leur vie comme nous ? En Inde, les vaches sont traitées de cette façon.
Tout cela alors que les forêts du monde, qui sont essentielles pour atténuer le changement climatique, sont abattues pour créer des champs permettant de faire pousser suffisamment de maïs et de soja pour nourrir efficacement les animaux coincés dans des fermes industrielles surpeuplées, souvent à l’autre bout de la planète. Les humains consomment environ 8 milliards d’animaux par an, ce qui est clairement l’une des principales causes du changement climatique dû aux GES, la plus grande menace à laquelle l’humanité est confrontée aujourd’hui.
Cultiver des aliments d’origine végétale pour la consommation humaine directe est au moins un ordre de grandeur plus efficace que de les faire passer d’abord dans l’estomac d’un animal, et au moins aussi bon, sinon meilleur. Et quant à la question de savoir si l’homme naît herbivore, omnivore ou carnivore, il n’y a guère de doute :
J’espère que la prochaine étude de madame Rogers sera plus rigoureuse que celle-ci !
Image d’entête : Will Kirk de Pexels
À lire: Autres articles sur la santé et le bien-être
Anthony (Tony) F. J. Moffat
Professeur émérite d’astronomie à l’Université de Montréal, M. Moffat a été nommé membre de la Société royale du Canada en 2001. Le Dr Moffat s’intéresse aux étoiles massives (étoiles Wolf-Rayet en particulier), aux vents stellaires, aux étoiles binaires, ainsi qu’à la structure et la dynamique des galaxies.
There are no comments
Ajouter le vôtre