À propos de laïcité et
de liberté religieuse
La Croix du mont Royal est à Montréal ce que le crucifix était à l’Assemblée nationale
Par Flavenne de Gué-Riche
Depuis l’adoption de la Loi 21 sur la laïcité de l’État par l’Assemblée nationale du Québec, avec l’appui massif d’une population ayant atteint une maturité spirituelle libre des contraintes religieuses, le symbole de la croix se devait de céder le pas à la neutralité visuelle des religions pour les voir toutes s’exprimer librement dans l’intimité des lieux de culte, seuls lieux convenant aux rassemblements de gens de foi.
La question de la foi et des accessoires qui s’y rattachent est sensible au point d’aveugler les opposant·es, tels les partis Libéral du Québec et Québec solidaire, qui prétendent que la loi 21 brime la liberté religieuse. Si la religion est une conception personnelle et de l’ordre du privé, force est de constater que le sentiment d’oppression religieuse réside dans la prétention que les croyant·es puissent imposer leur confession dans le domaine public et pratiquer ainsi un prosélytisme sans égard pour les citoyen·nes qui respectent la loi.
La société doit passer à l’étape suivante en réglant, après celui du crucifix au parlement, le sort de la monumentale croix du mont Royal qui s’impose à la vue de tous depuis son inauguration en 1924.
Le débat autour du crucifix a suivi celui des conseils municipaux appelés à cesser la prière précédant l’ouverture des séances. On ne rompt pas facilement avec les habitudes, et il a fallu que le gouvernement prennent ses responsabilités et donne l’exemple concernant le crucifix à l’Assemble nationale, symbole du pouvoir qu’a eu dans le passé l’église catholique romaine au Québec. Tous s’accordaient sur l’aspect historique et patrimonial de cet objet liturgique qu’on ne pouvait pas simplement jeter aux orties. Le compromis a été de déplacer le symbole religieux et de l’intégrer aux objets variés qui font la richesse muséale du pays.
Dans la logique du phénomène transitoire actuel entre religion et laïcité, la société doit passer à l’étape suivante en réglant, après celui du crucifix au parlement, le sort de la monumentale croix du mont Royal qui s’impose à la vue de tous depuis son inauguration en 1924. Elle a beau être devenue un symbole de la ville au même titre que le stade olympique et l’oratoire Saint-Joseph, elle n’en demeure pas moins un défi au dépens d’autres religions, ce qui pouvait se concevoir à l’époque où personne n’aurait osé, ni même songé, contester sa suprémacie au Québec. Mais les temps, comme les lois, changent et il faut maintenant la détrôner de son socle comme pour sa petite cousine parlementaire.
‘Elle a beau être devenue un symbole de la ville au même titre que le stade olympique et l’oratoire Saint-Joseph, elle n’en demeure pas moins un défi au dépens d’autres religions…’
L’idée iconoclaste évoquée ici provoque d’emblée des hauts cris à l’unisson de voix conservatrices de toutes croyances qui sont prêtes, une foi (sic) n’est pas coutume, à s’unir pour que rien ne bouge. Hélas pour elles, l’évolution en matière de laïcité au Québec, sinon au Canada, d’une société saine et démocratique appelle à faire des compromis aptes à satisfaire la majorité. Quel serait donc ce compromis permettant aux citoyens et visiteurs d’admirer la montagne, située en plein centre de notre ville, sans rappel d’un passé où la religion était omniprésente et omnipotente, tout en permettant aux croyant·es de retrouver leur bienaimé symbole christique aussi facilement que le font les visiteurs de l’Assemblée nationale ?
Deux alternatives se présentent, soit en privant la croix de son socle afin de ne pas excéder la cime des arbres, ou encore en la couchant sur place pour un repos bien mérité. Ces options pourraient être au centre d’un jardin fleuri, lui-même entouré de bancs publics où admirateurs et pèlerins viendraient prier, échanger, méditer ou la contempler en toute intimité comme jamais ils auraient cru pouvoir le faire.
Le défi est de taille et représente l’ultime symbole auquel doit, en toute logique, s’adresser la loi 21. Il en va de sa crédibilité et de son respect.
Avis : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de son auteur et ne reflètent pas nécessairement les opinions de WestmountMag.ca ou de ses éditeurs.
Image d’entête: abdallahh via StockPholio.netAutres articles récents
Flavenne de Gué-Riche (nom de plume) se considère essentiellement comme un idéateur dont les créations s’expriment d’abord par les mots avant de devenir des scénarios, films, livres, inventions ou projets touchant une variété de sujets.
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