Pincourt investit dans la nature
plutôt que le développement
Les efforts des citoyens pour sauver la forêt Rousseau ont porté fruit
Par Carole Reed, Pincourt Vert
Le maire de Pincourt, Yvan Cardinal, et le conseil municipal ont changé de cap, prenant la décision courageuse d’investir dans le capital naturel et de freiner le développement.
À bien des égards, notre petite ville vit le rêve de la banlieue. Nous possédons des maisons modestes dans des rues bordées d’arbres au milieu d’une oasis de forêts et de terres agricoles, mais nous sommes confrontés à un dilemme.
Le maire de Pincourt, Yvan Cardinal, et le conseil municipal ont changé de cap, prenant la décision courageuse d’investir dans le capital naturel et de freiner le développement.
Pour maintenir notre infrastructure vieillissante, nous dilapidons notre capital naturel. Nos forêts sont défrichées au bulldozer pour faire place à des maisons plus grandes et plus luxueuses et à des condos bon marché.
Après une décennie d’aménagement, il ne reste qu’une seule zone humide sur la rivière des Outaouais, la forêt Rousseau. En 2017, les résidents ont découvert que la forêt Rousseau était sur le point de devenir un développement de 45 maisons développé par Allard-Ménard.

Terre humide de la forêt Rousseau
Nous avons fondé Pincourt Vert, une organisation à but non lucratif dédiée à la protection de l’environnement, et avons entamé un dialogue de trois ans avec le maire et le conseil municipal.
Notre défi consistait à convaincre le maire que le développement n’est vraiment pas très rentable à long terme. Cela peut prendre jusqu’à soixante-dix ans d’imposition pour payer des infrastructures qui devront être réparées ou remplacées d’ici tout au plus vingt-cinq ans. Pour rembourser cette dette, les administrations municipales devront soit augmenter les impôts (et risquer de perdre les prochaines élections), soit élargir l’assiette fiscale grâce au développement.
‘Notre défi consistait à convaincre le maire que le développement n’est vraiment pas très rentable à long terme.’
Mais pour soutenir ce nouveau développement, de nouvelles infrastructures doivent être construites, qui à leur tour devront être réparées ou remplacées bien avant d’être payées. Lorsque les villes plaident en faveur d’un développement visant à augmenter les recettes municipales, ce qui est laissé de côté est le coût de construction des infrastructures pour les nouveaux développements, en plus du coût supplémentaire de l’entretien courant.

Forêt Rousseau à Pincourt – Image : Google Maps
Le cercle vicieux qui consiste à délivrer des permis pour de nouveaux développements afin de payer des infrastructures vieillissantes prendra fin lorsque chaque parcelle d’espace naturel aura disparu. Toutefois, il faudra encore augmenter les taxes pour réparer et remplacer les infrastructures. Dans le même temps, la valeur de nos propriétés diminuera et notre qualité de vie est compromise en raison de la perte de notre capital naturel.

Épervier de Cooper
Traditionnellement, les budgets municipaux ne tiennent pas compte du capital naturel. Le capital naturel reconnaît la richesse de la terre, de l’air, de l’eau et de tout ce qui y vit. Il est intimement lié non seulement à notre bien-être, mais aussi à la valeur de nos maisons. La nature ne se contente pas de nous nourrir et d’apaiser nos âmes, elle protège également nos maisons contre les inondations, réduit la chaleur estivale et purifie notre air et notre eau. Contrairement aux infrastructures, le capital naturel est gratuit. Et contrairement aux infrastructures, le capital naturel ne peut être remplacé.
La vraie tragédie est que le capital naturel de nos modestes forêts, champs et marécages offre une valeur bien plus grande et plus durable que tout avantage financier à court terme que nous tirons d’un développement sans restriction. Les zones humides agissent comme des puits naturels pour absorber le ruissellement printanier. Mais nous détruisons ces zones humides et installons des systèmes d’égouts. De plus en plus d’égouts déversent davantage d’eau dans les rivières qui débordent, aggravant ainsi les inondations, tandis que nos puits naturels sont détruits. Les millions de dollars de dommages résultant des inondations sont assumés par les citoyens même si le problème a été engendré par les promoteurs.
‘La vraie tragédie est que le capital naturel de nos modestes forêts, champs et marécages offre une valeur bien plus grande et plus durable que tout avantage financier à court terme que nous tirons d’un développement sans restriction.’
Nos récentes inondations ont ramené ce point chez nous. Lorsque Pincourt a subi des inondations en 2017 et à nouveau en 2019, les maisons le long de la rivière ont été les plus touchées. Celles situées le long de la forêt de Rousseau ont fait exception, car les zones humides ont accompli leur fonction de puits naturels pour absorber le ruissellement printanier.

Ail sauvage
Pourquoi alors le gouvernement provincial a-t-il accordé un certificat d’autorisation pour procéder à la destruction de cette précieuse forêt et de ses zones humides ? Pourquoi n’a-t-elle pas été protégée par la Loi sur la qualité de l’environnement du Québec ? Parce qu’une faille dans cette loi a permis au promoteur d’échanger un terrain qui protège environ 80 maisons des inondations contre un terrain agricole situé loin de la rivière dans une autre municipalité. Ce n’est pas du tout dans l’esprit d’une loi qui vise à protéger les zones humides, et ce n’est pas non plus en accord avec l’engagement déclaré de notre gouvernement provincial de protéger les zones humides restantes contre la destruction.
Pour prouver la valeur de la forêt Rousseau au maire et au conseil municipal, Pincourt Vert a engagé un biologiste pour faire la description de l’écosystème de la forêt. Notre ville a pris notre rapport au sérieux. Ils ont comparé le rapport du promoteur soumis au gouvernement pour obtenir son certificat d’autorisation, qui affirmait que la forêt n’avait pas beaucoup de valeur écologique, à notre rapport, qui attestait de la richesse de sa diversité d’espèces et de la valeur de ses zones humides.
‘Pourquoi… le gouvernement provincial a-t-il accordé un certificat d’autorisation pour procéder à la destruction de cette précieuse forêt et de ses zones humides ? Pourquoi n’a-t-elle pas été protégée par la Loi sur la qualité de l’environnement du Québec ?’
Pour résoudre cette divergence, la ville a entrepris sa propre étude écologique de la forêt Rousseau. Le biologiste de la ville a conclu que les zones humides sont plus étendues que ce qui avait été constaté précédemment et que la forêt était riche en espèces, y compris en flore et en faune officiellement reconnues comme étant en déclin. Il a conclu que la forêt Rousseau avait plus de valeur préservée que développée.

Renard rouge
Et c’est à la suite de cette étude que la ville de Pincourt a changé de direction. Le Conseil a écouté les habitants et, surtout, il a donné la priorité à la science. Le maire Cardinal a promis de sauver la forêt.
Le 30 septembre dernier, le conseil municipal a adopté un règlement d’emprunt pour acheter le terrain sur lequel est située la forêt Rousseau. Comme cet achat nécessite une augmentation des taxes, la ville a sollicité l’avis des résidents de Pincourt et le résultat de cette consultation, annoncé le 10 novembre, montre que la majorité des résidents de Pincourt sont d’accord pour dire que la préservation de la forêt vaut bien une petite augmentation des taxes.
En investissant dans le capital naturel, nous avons préservé une réserve naturelle communautaire pour le plaisir de tous. Nous avons un endroit pour que nos enfants apprennent à apprécier la nature. Nous avons boisé des zones humides pour contrôler les inondations printanières et purifié notre air tout en tempérant la chaleur estivale. En disant non au développement, nous réduisons les embouteillages et économisons les coûts futurs de l’entretien d’infrastructures encore plus nombreuses. Et à long terme, nous atténuons les effets du changement climatique.

La forêt Rousseau à l’automne
Freiner la spirale descendante du développement signifie que nous acceptons de ne plus hypothéquer notre propre avenir et de cesser de dépouiller nos petits-enfants de leur avenir. En prenant la décision audacieuse d’investir dans la nature plutôt que de dépenser pour plus d’infrastructures, Pincourt est devenu une source d’inspiration pour d’autres communautés.
Images : avec l’autorisation de Pincourt Vert (sauf indication contraire)
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Carole Reed a passé son enfance à Pointe Claire à grimper aux arbres, à jouer dans les bois et à faire du vélo dans les champs. Elle est devenue écologiste en 1972 après avoir lu Silent Spring. Aujourd’hui retraitée de l’enseignement, elle consacre le reste de sa vie à sauver la planète pour son arrière-petite-fille.
Un article fantastique!
Pincourt Vert — une inspiration, un symbole de ce que tous les gouvernements doivent faire à un niveau supérieure — et dès maintenant !!!
Quelle belle histoire! Pincourt a de la chance que le maire Cardinal et son Conseil aient pu garder assez d’ouverture d’esprit pour écouter les citoyens impliqués dans ce dossier.
Longue vie à la forêt Rousseau!
Le Capital vert est la vraie richesse pour l’avenir de l’humanité et de la planète. Trop d’aveuglement des élus et un manque de courage le menacent. Hypothéquer le Capital de notre environnement, c’est courir à une ruine certaine. Bravo aux citoyens de Pincourt et à Carole Reed!
Enfin quelqu’un au niveau décisionnel a compris. Nous sommes des intrus dans l’environnement et devons nous conduire comme des invités ayant de bonnes manières. Nous devons apprendre à respecter Mère Nature et en retour elle nous protège. La preuve ceux qui ont été épargnés des inondations grâce aux zones humides non dilapidées. Il faut absolument que ce fait vécu soit connu dans toutes les municipalités et devienne un modèle à suivre. Merci d’avoir persisté et d’avoir défendu ce magnifique coin de terre naturel pour les générations à venir. J’espère que la mairesse de Longueuil prendra cette leçon au sérieux.